Portrait : Ourdia, chef à domicile algérienne à Paris

Ce qui saute aux yeux, dès que l’on commence à parler, c’est l’énergie et la joie de vivre qui se dégagent d’Ourdia. Sans s’en rendre compte on entame la discussion, on passe d’un sujet à l’autre comme si l’on se connaissait depuis des années, pendant que l’odeur du tajine de poulet aux olives et citrons confits envahit nos narines et que l’on commence à se dire qu’on va vraiment se régaler. Rencontre avec Ourdia.

Ourdia, chef à domicile à Paris et en région parisienne vous propose les spécialités d'Algérie
Ourdia, Another chef à domicile

Qui es-tu, d’où est-ce que tu viens ? Je m’appelle Ourdia, je suis mariée et j’ai 2 enfants. Je suis d’origine algérienne, née à Boulogne et mariée avec un égyptien. Mon père travaillait à Boulogne, et comme tous les gens qui travaillaient chez Renault à l’époque, nous habitions à Boulogne ! J’y suis restée jusqu’à mes 12 ans, et là nous sommes partis en Algérie pour des vacances, qui se sont avérées plus longues que prévues, puisque j’y suis restée 9 ans. J’ai découvert un pays qui n’avait rien à voir avec ce que je connaissais en France. Nous étions à peine imprégnés de la culture arabe, c’était pour moi un pays étranger, je ne parlais que très peu l’arabe. Le seul point positif de ces 9 années passées là-bas, c’est que j’y ai appris à faire la cuisine.

Justement, comment as-tu appris à cuisiner ? Au début c’est ma mère qui m’a appris. J’ai commencé vers 10 ans avec elle, à faire le couscous. C’est la première chose qu’on apprend dans les cultures arabes, car une fille qui ne savait pas faire le couscous ne se mariait pas à l’époque. Et d’ailleurs, le lendemain du mariage, la première chose qu’une jeune mariée fait, c’est de préparer un couscous à sa belle-famille. La cuisine y est plus importante que les études, chez la fille en tous cas.
Et par la suite, c’est par la force des choses car mes parents se sont séparés. Je suis restée avec mon père, comme cela se faisait à l’époque, et je suis devenue la femme du foyer. J’avais une cousine de 2 ans plus âgée, après sa journée d’école, on faisait beaucoup de gâteaux ensemble, des plats, et on essayait de faire des nouvelles recettes pour sortir du côté traditionnel.

Tajine de poulet fermier aux olives et citrons confits, une spécialité incontournable d'Algérie
Les ingrédients du tajine aux olives et citrons confits

Qu’est-ce qui te manque de l’Algérie ? Le printemps. C’est une très belle période là-bas, les arbres sont magnifiques, les odeurs des orangers et des bougainvilliers qu’on sent dès le matin. J’ai du mal à la retrouver en France, un peu dans le sud de la France, mais pas aussi fort.
Et aussi les souvenirs de cuisine sans le bon matériel. On faisait d’ailleurs des gâteaux sans four, avec un système de réchaud sur pied, un plat en argile et un couvercle de couscoussière.
Et globalement, le soleil. La température moyenne est à 20°. Si je pouvais être en France avec le climat de l’Algérie, ce serait le top !
Autre chose que j’aimais bien en Algérie, mais qui a aussi ses limites, c’est le fait que toutes les portes sont ouvertes. Si on s’ennuie, on peut toujours aller chez quelqu’un ou voir quelqu’un débarquer chez soi sans prévenir. Là-bas on vit beaucoup en communauté. Je trouve ça très sympa le week-end, mais c’est vrai qu’en semaine cela devient vite étouffant.

Tes premières impressions au retour en France ? Quand je suis revenue à Boulogne, cela avait beaucoup changé. J’avais laissé une petite ville de campagne et ça l’était beaucoup moins. J’étais surtout folle de joie après ces 9 ans en Algérie. Malgré toutes les belles choses que j’ai vécues par la suite, cela reste le plus beau jour de ma vie. C’était le 13 septembre 1985.
En attendant mon retour, ce qui me rattachait à la France, c’était la radio (radio Monte Carlo à l’époque), et les livres, pendant cette période, je lisais un livre par jour. C’est d’ailleurs ça qui m’a sauvée parce que je ne suis pas allée à l’école en Algérie ; mon père ne voulait pas, j’ai juste suivi les cours du CNED les 2 dernières années.

La France, c’est mon pays, j’aime la liberté qu’elle offre. La mentalité, l’intégrité des gens me plait ici. Quand quelque chose ne va pas ici, on le dit tout de suite. En Algérie les gens sont moins francs, plus filous.
Aussi, la rigueur et l’éducation me conviennent plus en France, alors qu’en Algérie l’enfant est traité en adulte trop rapidement. Il n’y a pas de place d’enfant et je trouve ça dommage, on ne les voit pas jouer comme ici.
En France, par contre, il y a plus de solitude. En Algérie, on ne se retrouve pas à la rue. Quand on vieillit là-bas, on n’est pas livré à soi-même, on est pris en charge par la famille. Il y a l’esprit de famille et la solidarité qu’on ne retrouve pas autant ici.

Revenons à la cuisine, est-ce que tu cuisines tous les jours ? Oui tous les jours ! Je suis née dans les casseroles et je passe en moyenne 2h par jour en cuisine. Un jour sur deux je cuisine oriental, et l’autre jour c’est plutôt français. Mes enfants mangent donc les 2 cuisines, mais mon mari mange les restes, pour lui la cuisine française n’est pas assez consistante ! En ce moment je m’essaie aussi à la cuisine espagnole ou égyptienne.

tajine

Quels sont tes plats favoris ? J’aime beaucoup la Chorba avec les bricks, mais je les aime tous, mes plats ! Le couscous aux fèves est un de mes plats préférés, le couscous aux petits légumes du printemps. En France on ne connait que le couscous le plus commun mais il y en a énormément.
Et au-delà de la cuisine orientale, j’adore les plats traditionnels français : le bourguignon, la blanquette de veau, la choucroute. La paella, les lasagnes en tous genres, bref, je suis gourmande, j’aime la bonne cuisine et ce qui va avec, la convivialité et les grandes tablées.

L’ingrédient dont tu ne pourrais pas te passer ? Le cumin ! Mais aussi la cannelle, le poivre, le paprika, le coulis de tomate…

Qu’est-ce qui te motive dans l’idée d’aller cuisiner chez des particuliers ? J’aime faire plaisir, j’ai envie de faire partager ce que j’ai appris. Quand j’entends « Humm c’est bon », je suis ravie. Même si quand j’ai appris au tout début, je le voyais comme une corvée, aujourd’hui je m’épanouis vraiment en cuisinant, et il n’y a rien de plus agréable que de faire plaisir par ce biais.

Si tu étais cliente AnotherChef, quel plat choisirais-tu ? J’aurais du mal à choisir mais j’aimerais bien qu’on me prépare une paëlla ou une brandade de morue.

Grand classique de la cuisine algérienne, le tajine de poulet ferier aux citrons confits et aux olives ravira vos papilles
Le tajine poulet citron d’Ourdia

Ourdia, chef à domicile pour AnotherChef vous propose aujourd’hui deux délicieux tajines : le tajine de poulet fermier aux olives et citrons confits, que l’on a tout simplement adoré (et nous ne sommes pas les seuls), et un tajine d’agneau aux pruneaux et abricots, qui ravira  les amateurs de sucré-salé. Ourdia maitrise également toutes sortes de couscous, n’hésitez pas à nous demander !

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