Portrait : Rebecca, chef à domicile gabonaise à Paris et en région parisienne

Rebecca est gabonaise. Arrivée en France pour poursuivre ses études de marketing, elle n’a pas réussi à la quitter ! Sa vraie passion, c’est la cuisine, et elle a sû le prouver à toute la famille alors qu’elle n’avait que 9 ans. Aujourd’hui, pendant son temps libre, elle organise des grandes réceptions, des mariages, et est capable de préparer seule un repas pour plusieurs centaines de personnes. On lui dit souvent que la cuisine est un don qu’elle a…

Rebecca, notre chef gabonaise

Qui es-tu, d’où viens-tu ?

Moi je viens du Gabon, je suis née à Libreville, la capitale. J’ai fait mes études là-bas et je suis arrivée ici après mon bac pour entrer à l’Université. J’avais obtenu une bourse de l’Etat gabonais pour venir ici, pour étudier pendant 3 ans. J’ai fait l’ISCOM pendant 2 ans, une année à Paris et une année à Lille, et après je suis allée à l’ISEG toujours à Lille.

Après mes études, je suis rentrée au Gabon pour aller travailler en 1998. J’étais censée rentrer définitivement. J’ai passé une année entière dans une société industrielle, c’était une bonne expérience, mais au bout d’un an, je n’arrivais toujours pas à me réhabituer au Gabon, j’avais l’impression de ne pas être à ma place, et je suis revenue ici en France pour terminer mes études sur les conseils de ma maman. J’ai donc entamé un master à Paris, en ayant toujours en tête que je retournerais au Gabon par la suite, où les perspectives professionnelles me semblaient plus alléchantes qu’en France. Et puis j’ai rencontré mon mari, et je suis restée !

J’ai travaillé dans des cabinets d’études marketing, j’ai fait de l’intérim dans le conseil, le marketing, j’ai fait plein de trucs. Un jour j’ai été licenciée, ne trouvant pas de travail dans mon domaine, j’ai commencé un travail de nourrice à plein temps, et j’ai eu un déclic. Je suis bien mieux dans ce métier !

 

Comment as-tu appris à cuisiner ?

J’ai toujours été en cuisine avec ma mère et ma grand-mère. Le premier repas que j’ai préparé seule, j’avais demandé à ma grand-mère de me laisser faire un repas pour la maison, on était 10 personnes, j’avais 9 ans. Ma grand-mère n’était pas trop d’accord, elle me trouvait trop jeune pour tout faire. Pour elle, je pouvais préparer le riz, les patates, mais pas la viande ou le poisson car ce sont des mets qui demandent condiments, assaisonnements…  Pour elle, je ne pouvais pas y arriver. Elle m’a dit non. Alors je suis allée voir mon grand-père, je l’ai tanné ! Lui, tellement content qu’enfin une des filles de la maison ait envie de cuisiner, ce qui n’était pas le cas de mes tantes, a demandé qu’on me laisse faire.
Je suis allée voir ma grand-mère au marché où elle tenait un stand, elle m’a laissé faire les courses. J’ai fait les courses sous son regard inquiet, en rentrant à la maison j’ai tout préparé, écaillé le poisson, assaisonné, préparé dans la sauce que je voulais faire, préparé le riz, les bananes plantain… pour 12 personnes. A midi, j’ai posé le repas sur la table. J’ai servi et mon grand-père a dit « Je suis fier de toi ». Tout le monde était ravi. Après les vacances, en rentrant chez ma mère, tout le monde lui a raconté mes exploits, et petit à petit elle a commencé à me laisser la main en cuisine.

C’est comme ça que ça a commencé. J’ai toujours aimé la cuisine du monde, mais je croyais que c’était normal. C’est mon mari qui m’a ouvert les yeux sur le métier de chef à domicile. A ce moment-là, j’ai réalisé que j’avais envie de faire quelque chose de cette passion : j’ai commencé à organiser des grandes réceptions, des mariages, et on me dit souvent que c’est un don et je ne dois pas le négliger.

Le poisson salé gabonais de Rebecca, cuisiné au chou et aux crevettes

 

Qu’est-ce qui te manque du Gabon?

Ma famille. J’aime le Gabon, mais à ce jour je ne peux pas certifier que je suis prête à retourner y vivre. En plus mon mari est camerounais, j’ai plus de chances de retourner vivre au Cameroun qu’au Gabon !

Les mendza, ou feuilles de manioc de Rebecca

Tes premières impressions en arrivant en France ?

J’ai trouvé que les gens étaient distants. Nous au Gabon, on se dit facilement bonjour, on rit même avec des gens qu’on ne connait pas, il y a une convivialité qui s’installe très rapidement. Ici, même des voisins parfois ne se disent pas bonjour. C’est quelque chose qui m’a frappée.

Maintenant je suis habituée ! Et puis c’est une question de culture, d’environnement et je me rends compte qu’il suffit de connaitre les gens pour s’apercevoir qu’ils ne sont pas si froids.

J’ai été aussi surprise de discuter avec les étudiants avec qui j’étais, qui avaient beaucoup d’a priori sur l’Afrique. Ils pensaient que je vivais dans la jungle, me demandaient où j’avais appris le français, s’étonnaient de savoir que j’étais arrivée en avion ! En Afrique, on pense que le blanc sait tout et est supérieur… en arrivant ici j’ai réalisé que tout ça c’était juste des préjugés, et qu’on est tous pareil, c’est une question de culture, d’éducation et d’environnement !

 

Qu’est-ce qui te plait en France, et qu’est-ce que tu trouves plus difficile ?

Ce qui m’embête en France c’est qu’on occulte qu’on est dans un pays de plus en plus multiracial. C’est vrai que la république donne ses chances à tout le monde, mais dès qu’on sort du système scolaire, dès l’instant où tu n’es pas français, c’est un parcours du combattant. Même celui qui est français mais avec la peau noire… alors qu’ils sont nés ici. Mais tout ça, je crois que ça vient beaucoup plus des politiques que de la population. Ils le nient mais il y a un vrai racisme en France.

Mais attention, j’aime ce pays, j’aime la vie ici, le côté moderne et le côté multiculturel. On est un carrefour du monde ici, on voit de toutes les origines, ça me plait.

 

Revenons à la cuisine, est-ce que tu cuisines tous les jours ?

Oh oui ! Même si ce ne sont pas des plats élaborés tous les jours, je suis toujours dans la cuisine.

Une des entrées de Rebecca : le chiquetaille de morue salée sur son lit de tarot

Quels sont tes plats favoris ?

Je n’en ai pas. Je change tout le temps. Par contre je suis une vraie gourmande et j’adore la pâtisserie. En viennoiserie, j’aime beaucoup les chaussons aux pommes, sinon les gâteaux au chocolat. Et mon péché mignon c’est le cheesecake.

 

L’ingrédient dont tu ne pourrais pas te passer ?

L’ail, sans aucun doute.

 

Qu’est-ce qui te motive dans l’idée d’aller cuisiner chez des particuliers ?

Le partage et la proximité. Idéalement, j’aimerais bien un jour avoir un espace où je cuisine et où les gens viennent manger, ou viennent acheter à emporter. Ce qu’on appelle au Gabon, un « dos-tourné » : une maisonnette avec des tabourets, où les clients s’installent pour manger une cuisine vite fait-bien fait.

 

Enfin, si tu étais cliente AnotherChef, quel plat choisirais-tu?

Je voudrais tout goûter : j’irais en Afrique au Cambodge, en France, en Asie, je ne me limiterais pas ! J’aime goûter, j’aime découvrir la cuisine du monde, et je pars du principe que manger c’est un voyage.

 

Rebecca propose ses services de chef à domicile à Paris et en région parisienne. Si vous souhaitez profiter chez vous de sa fabuleuse cuisine gabonaise, commandez ses services sur notre site : AnotherChef.com

Sur le même thème